Ludiane Pivoine
"Entre chien et loup"
2012-04-13 35èmes rencontres d'Astaffort
(Source Voix du Sud)
 
 
Astaffort printemps 2012
 
Ludiane Pivoine
avec Francis Cabrel

Ludiane Pivoine
sur scène à Astaffort
 

 



Les 35èmes rencontres d'Astaffort

par Ludiane Pivoine


Il y a la théorie :
Francis Cabrel nous accueille, nous ouvre les portes de son école d’un morceau de sa vie et de sa passion, au fil des jours il sera de plus en plus présent, de plus en plus ami et son humour pince-sans-rire s’accordera à nous.
Jean-François Laffite, directeur adjoint, très présent durant notre séjour. Je l’avais rencontré durant les rencontres Chante...Ou bien ! Organisée en Suisse en partenariat avec voix du Sud et Denis Alber.  Une figure rassurante dans nos tumultes.
Pascal Bagnara, directeur, qui sera là chaque jour, prendra soin de nous discrètement et consignera nos futurs souvenirs sur sa caméra. C’est lui qui guide les journalistes et programmateurs qui viennent faire leur marché…
Rania Serrano, secrétaire, que très vite nous appellerons « maman ».

Il y a la pratique :
Béa et Clément qui nous choient et nous nourrissent, retiennent nos habitudes culinaires et font office de pilier afin que jamais on ne perde pied
Christian Alazard, musicien et arrangeur, séducteur aussi à ses heures. Constant et minutieux qui note après note nous pousse à aller toujours plus loin, l’air de rien. Un bonheur de travailler avec lui.
Marc Estève, auteur, artisan des mots et de l’humain. Qui sera le premier visage de chaque matin lorsque j’ouvrirai les volets de ma chambre, figure rassurante avec une tasse de café fumant se mêlant à sa cigarette. Il sera celui que je chercherai et trouverai à chacun de mes refrains, de mes couplets… qui simplement, sans artifice, posera les questions qui me donneront les réponses. Dans une générosité qui ne s’apprend pas, il m’offrira des clés. Les siennes, sans prétention aucune, qui me permettront de déverrouiller quelques serrures de ma création.
Il sera là à chaque heure, à chaque terreur, à chaque bonheur. Il nous suivra et nous guidera tout au long de nos processus. Même dans les moments de tensions extrêmes il ne nous lâchera pas.

Astaffort, difficile d’en parler à d’autres.
Difficile d’ouvrir le cocon dans lequel, durant 10 jours, nous nous sommes enfermés, nous nous sommes cherchés, un peu trouvés et confiés.
10 jours, ça paraît ridicule, et pourtant, 10 jours en vase clos, ça représente plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs armures détruites en quelques phrases, parfois en un regard, en une note.
Chacun se découvre au propre comme au figuré, des affinités se créent et la musique fait le reste, la fatigue aussi.
On nous prévient, ces rencontres vont bouleverser nos vies, et ça paraît fou, on ne les croit pas, on pense qu’ils exagèrent…
Et, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, d’une chanson à une autre… la frontière entre la réalité et notre réalité s’amenuise, nos frontières deviennent floues mais pour nous tout s’éclaire, les reflets et les contours s’affirment et la musique fait le reste… la fatigue aussi.
Alors on perd pied, on écrit, on compose, on s’acharne sur un mot, sur une note, on se retient à un fil, de soie, de soi…
Ou alors on coupe, on se coupe encore un peu plus du dehors, on arrache, on s’arrache méthodiquement le cœur… Ensemble on a moins peur et la musique fait le reste… la fatigue aussi.

Certaines collaborations coulent de source, s’imposent et se composent sereinement. On écrit à deux, on se cherche, on se teste… la musique fait le reste… la fatigue aussi
D’autres sont plus troubles, plus tumultueuses. Chacun cherche à s’imposer, dans un combat, de reines ou de coqs, on s’abat, se débat, se compose, se décompose, finalement la musique fera le reste… la fatigue aussi.
L’effet miroir, on l’apprivoise, on le déteste, il nous désole, nous sublime, nous interroge, on s’apprend, on n’apprend, on se prend dans les vifs d’un sujet, dans la toile d’un secret, on s’emmêle, se démêle toujours respectueusement, toujours férocement… finalement la musique fera le reste…. Les larmes aussi.

J’ai dessiné des souvenirs, des à venir, des à écrire…
On m'a fait confiance, on m'a emmené plus loin, on m'a laissé libre d’être moi tant dans la voix que dans l’écriture... je me sens reconnaissante envers chacun, nourrie de certains, avec une nouvelle confiance en moi... Quelque chose de plus assumé.
Je garde précieusement les conseils, les sourires, les fêlures, les confidences, les coups de gueule de chacun… et nos chansons, nos chansons, nos chansons !

Je ne sais pas exactement où je vais et je m’en fiche, mais j'y vais plus sereinement et… la musique fera la suite…