Ulrich Schuwey
 
Affiche de l'édition 2011 du Festival Chansons en Stok

20 septembre à 20.30
Julie et moi
21 septembre à 20.30
Pascal Rinaldi
22 septembre à 20.30
Gérald Genty +
Pigor chante, Benedikt Eichhorn doit l'accompagner
23 septembre à 20.30
Lizzie + Chouf
24 septembre
à 20.00 ! Balimurphy
à 23.00 Iaross
25 septembre à 20.00 !
Lisa Leblanc & Joseph Edgar

Infos pratiques
Theater Stok
Hirschengraben 42 - Zurich
Location : 079 422 22 36
www.chansonsenstok.ch
 
Avec HK et les Saltimbanks au Festival 2010

Ulrich Schuwey avec Benoît Dorémus en 2005. Première scène en Suisse pour celui qui quelques mois plus tard sera le coup de coeur de Sarclo et de Renaud.

En 2000, Allain Leprest dessine la vieille dame de la gare de Zurich. Aujourd'hui encore, elle est assise sur un chariot à bagages, quelques fleurs à la poignée.
 
 
Les 20 grands moments au Stok choisis par Ulrich Schuwey

Joseph Edgar Trio 2010
HK & Les Saltimbanks 2010
Thibaut Derien 2010 et 2004
Karimouche 2009
Pierre Lautomne 2009
Marcel Kanche en 2008
Yeti 2008
Jonas et le Taxi-Brousse Orchestra 2007
Ignatus 2007
Daniel Hélin 2006 et 2003
Karpatt 2006
Bruno Ruiz 2005
François Vé 2005
FreeBidou 2004
Arnaud Méthivier 2003
Néry 2003
Polo 2002
Francesca Solleville 2001
Allain Leprest 2000
Le Soldat Inconnu 2000

 

 



Les rencontres du Chantlab

Ulrich Schuwey, Directeur du Festival Chansons en Stok


Créé en 1991, Padam Padam fête ses vingt ans d'activités et de dynamisme. Au fil des années, l'association est devenue un acteur culturel majeur de la région zurichoise et son festival Chansons en Stok est aujourd'hui un des plus importantes de la scène francophone suisse. Important non seulement par sa qualité de programmation mais aussi par la curiosité dont il fait preuve et qui a permis à plusieurs artistes de se produire pour la première fois devant le public suisse. Avec des chanteurs et groupes venant de France, Belgique, Allemagne, Acadie, Canada et Suisse, l'affiche de la douzième édition du Festival Chansons en Stok, du 20 au 25 septembre 2011, témoigne d'une ouverture aux divers courants de la chanson actuelle. Rencontre avec Ulrich Schuwey, directeur enthousiaste et programmateur inspiré.

20 ans de Padam Padam, un bilan ?
J’espère bien qu’il sera plus positif que celui de la chanson de Ferrat !

Dans "Le bilan", Ferrat chante «Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre / Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui.» Tu as le sentiment de mener un combat ?
Oui c'est un combat, mais un combat de plaisir, presque au sens sportif je dirais. Ce qui est sûr c'est que je ne suis pas en Mission Sacrée pour la langue française. C'est ma langue maternelle, je suis un fou de musique et personne ne s'intéressait véritablement à la scène francophone à Zürich il y a 20 ans. Voilà c'est un peu notre histoire... Depuis, et c'est chouette, d'autres s'y sont essayés ici : le Kaufleuten avec Arno, Camille, Jane Birkin, le Moods un temps mais sans y mettre assez de passion je pense... Le groupe Carrousel vient de passer dans un club très très sympa - Le Heslinki - et Thibaut Derien y jouera le 28 septembre. Mais il est certain que sans notre travail, le bilan francophone musical à Zurich ferait bien pauvre figure.

Padam Padam, ça ne fait pas un peu cliché d'une chanson dont tu t'éloignes actuellement et que tu qualifies de poussiéreuse ?
Le nom de l’association est né d’une idée graphique, un petit collage tiré de la partition de la fameuse chanson. C’est resté ensuite. J’ai songé un temps à changer le nom de l’asso, et puis finalement non… c’est un peu là d’où vient la chanson. On va sûrement y revenir plus tard… Je suis très clair, je ne considère pas «la» chanson comme poussiéreuse, je connais Brel, Brassens, Ferré et Reggiani de a à z,  je sais de quoi je cause. J’ai juste du mal avec une certaine mouvance du petit monde de la chanson qui est restée figée dans le temps, à la fois thématiquement et musicalement. Même si bien sûr il y a des thèmes et des musiques qui échappent au temps. D’ailleurs le nom du festival est lui aussi un cliché qui est à double tranchant : pour les uns «chanson» c’est ringard et ils passent à côté de toute la scène actuelle, de l’autre il y a parfois des gens qui sont déçus par le fait de ne pas se retrouver forcément devant un monsieur ou une dame en noir accompagné par un pianiste ou un accordéoniste. J’ai trouvé l’autre jour – je ne sais même pas si le mot existe – le terme de «perpétualiste» pour décrire ce cercle parfois bien poussiéreux.

Et comment épousseter la chanson ?

En étant en mouvement ! La chanson de tradition s’est toujours nourrie d’influences diverses. C’est ça la chanson… ses artistes l’ont très souvent mise à des sauces diverses : Trenet le swing, Vian ou Salvador ou Nougaro y ont mis le jazz, Gainsbourg la pop et le reggae… Brel y a mis le théâtre, Ferré le classique et la poésie, Mc Solaar le rap… etc etc… Mais bien sûr il y aussi mes goûts personnels du moment. Oui, j’ai besoin de plus de rythme, plus de groove, généralement plus de musicalité, bref il faut que ça sonne.

Il y a 20 ans, la chanson suisse commençait à se réveiller, ne la laissant plus entre les seules mains de Bühler, Sarclo, Auberson, Théraulaz et quelques autres. Tu suis ce qui se passe sur la scène suisse ?
De plus en plus et avec un grand plaisir !

Qui vois-tu dans la relève de la chanson suisse ?
J’aime beaucoup ce que fait Pierre Lautomne, j’ai pas mal d’espoir en LiA, Zedrus possède une plume bien acérée…

Etrangement, tu programmes assez peu d'artistes suisses. Pourquoi ?

Le passeport n’a jamais été une priorité de programmation au Stok…

Sarclo est venu plusieurs fois à Zurich. Il est aujourd'hui une des belles écritures de la chanson. Que penses-tu du reproche qui lui est parfois fait de ne pas se renouveler davantage dans ses spectacles, alors que le bonhomme est bourré d'idées ?
Plus de nouvelles de Sarcloret depuis un moment, il nous oublie… C’est un type que j’aime beaucoup, qui a pondu des choses superbes et qui peut me faire beaucoup rire. J’adore ! Exiger le renouvellement perpétuel à un artiste – ou à qui que ce soit d'ailleurs – c'est assez exigeant je trouve. Je suis plutôt à la recherche d’une cohérence, d’une histoire, d’une authenticité… Brassens est un exemple fabuleux, ou Tom Waits… Et les artistes eux aussi ont droit à l’erreur. Par contre j’aimerais bien revoir Sarclo maitrisant la scène de manière plus sûre, même si c’est dans une ambiance bricolage !

Pour cette 12ème édition du festival, sur 9 concerts, Rinaldi est le seul local de l'étape, les autres artistes viennent de France, Belgique et Canada. Qu'est ce qui a guidé ta programmation ?
Les voyages musicaux, que ce soit chez moi ou à Tombouctou. Les rencontres font faire d’autres rencontres. J’aime suivre les traces… Par exemple la découverte de la scène acadienne m’a fait rebondir sur la musique francophone en Louisiane. Mon rêve serait d’y faire un tour accompagné de Joseph Edgar…

On a la sensation que toute une part de la nouvelle chanson ou prétendue telle est un magma de groupes plus ou moins poético-festivo-folks qui se ressemblent tous avec quelques pseudo originalités qui n'ont d'original que la prétention de l'être.
Je suis assez d’accord au fond… Même les pochettes se ressemblent et ça va jusqu’aux noms des groupes : La rue machin, La ruelle truc… J’exagère un peu mais il y a du vrai. Comme partout il faut juste être attentif, goûter, écouter, trouver le groupe qui aura la petite différence et qui fera mon bonheur et celui du public en suite. Et le bonheur n'a pas besoin d'être forcément hyper original ou très sophistiqué... le bonheur est chose légère - encore une référence. La rencontre avec l’Acadie a été un véritable coup de foudre pour moi. Une des choses que j’ai réapprise avec eux, c’est justement qu'il est possible d'avoir du bonheur avec une certaine légèreté : les sons, les textes, les échanges... jusqu'à leur manière de pouvoir s'installer presque n'importe où pour jouer.
Pseudo originalité ou pseudo Brel, pseudo Noir Désir, je ne sais pas… Partout dans la vie et spécialement en art, on avance et crée dans une mouvance, dans une mode, une vague ! Peu arrivent véritablement à être des génies de la création… Erik Satie, Matisse, le gars qui a inventé la roue…

De nombreux artistes veulent aujourd'hui se démarquer d'une certaine forme de classicisme de la chanson tout en s'y référant malgré tout. Comme si se référer à Brel Brassens ou Ferré était gage de qualité.
Je ne crois pas. C’est beau de respecter ses racines. J’ai franchement plutôt l’impression que la branche à texte se sent toujours en concurrence. Je ne comprends pas cette manière de voir. Serait-ce un phénomène français ? Je m’interroge… Par exemple quand j'entends dire «Ah Leprest c’est quand  même mieux que les bêtises de l’américain qui se trémousse.» On n'en a rien à foutre ! Leprest c’est Leprest, Michael Jackson c’est Michael Jackson. J’aime les deux !

Tu programmes des artistes et groupes pour la plupart encore fort peu connus. C'est une volonté de découverte ?
Les artistes et groupes «connus» en France sont pratiquement tous inconnus ici… Et donc ils sont toujours trop chers pour Zurich… Les artistes francophones connus ici se comptent sur les dix doigts… Arno, Les Ritas, Noir Désir, Les Négresses Vertes, Patricia Kaas, Jane Birkin… on peut ajouter peut-être Camille et Yann Thiersen… La programmation du Stok se nourrit de mes découvertes sur les petites et moyennes scènes. C’est ce que j’aime, c’est là que je peux vraiment vivre la musique «live»… Il y a quand même quelques artistes plus connus que je voudrais bien faire découvrir au public zurichois : Miossec, Dick Annegarn, Richard Desjardins, Juliette, Mickey 3d, Brigitte Fontaine, Zebda, Dominique A… et pas mal d’autres…

Tu as été l'un des premiers à programmer Allain Leprest en Suisse et c'est toi qui nous as fait découvrir Benoît Dorémus il y a quelques années. Tu aurais le flair des découvreurs de talents ?
Il doit y avoir quand même un peu de ça… Mais je me fais aider quand même, des gens comme par exemple Alex de la Teuf… Des petits réseaux mais qui fonctionnent vachement bien.

Leprest a choisi de mourir cet été. Une réaction ?
Allain était un déchiré. Je suis triste, mais sans pathos. Le même jour dans le patelin à côté de chez moi, un type à tué à coups de couteau sa femme et une assistante sociale. J’ai trouvé cela tout aussi tragique. Je me passerai de déclarations ulta-larmoyantes. Leprest est un très grand chanteur, pour moi un des derniers d’une génération fabuleuse. En 20 ans de boulot, il y a eu quelques rencontres choc. Leprest en était une… Quand je suis allé le chercher à la gare en mai 2000 pour son premier passage au Stok, c’était pour moi comme aller chercher Brel ou Brassens ou Ferré ! Son album Voce a Mano est un truc somptueux, un des tous grands albums de chanson. Après je pense que Leprest n’a pas toujours été bien conseillé musicalement. C’est très dommage… Je vais me faire des amis là tiens !

Tu accordes une grande importance à la qualité d'accueil des artistes…
Oui… et je me fais parfois charrier gentiment. J'en fais des fois un peu trop, mais toute l’équipe du festival est très attentionnée envers les artistes. Le petit casse-croûte à l’arrivée, les loges impecs… Nous recevons les artistes comme des amis. Ça compte sur scène ensuite c’est certain !

...et des spectateurs…
Même chose, le Stok est un festival tout simplement sympathique, fait de passion 100% . Je pense que c’est une qualité véritable. Toute l’équipe est dans cet état d'esprit, que ce soit au bar, à la caisse, aux réservations. Notre public ne connaît pas forcément les artistes, mis à part quelques romands un peu connus ou ceux que nous reprogrammons. Il y a donc une histoire de confiance entre nous et le public…

Le bar du festival s'appelle "On dirait le sud". Un salut à Nino Ferrer ?
Oui bien sûr... je suis un grand fan de Nino Ferrer. Pour moi le premier véritable rocker français. J'ai découvert assez tard et j'ai mis un moment à réaliser la qualité de l'oeuvre du monsieur. Musicalement c'est vachement travaillé et j'aime beaucoup ces textes aussi... que ce soit la période Mirza ou les choses plus graves vers la fin.  J'aime Nino !

Quel est le public du festival ?
Typique des petites scènes zurichoises. Un peu de tout le monde… Très francophone avec de plus en plus de germanophones. Ça fait plaisir.  Par contre je regrette gravement que le Lycée Français de Zürich ne fasse pas l’effort de venir avec des élèves. C’est presque un peu honteux…

Pourquoi ne pas organiser des rencontres scolaires ?
Oui bien sûr, très bonne idée. Il faudrait que quelqu'un s'en occupe. Logistiquement c'est difficile, les horaires sont très serrés, il faudrait que les artistes puissent arriver un jour avant ou rester un jour de plus, mais nous n'avons pas les budgets pour ça. Donc il faudrait trouver un peu d'argent et organiser cela bien à l'avance. Un gros boulot en plus. S'ajoute à cela que le manque d'intérêt total de la part du Lycée n'est pas trop motivant. Cela nous mène d'ailleurs à un autre point important: la relève côté public !

Le Festival est-il soutenu par l'Ambassade de France ? La Ville de Zurich, d'autres organismes ?
Depuis des années par la Ville, le Canton, Migros, l’Ambassade de France. Les artistes canadiens sont aidés directement pour les frais de transport par les provinces de leur pays. Et nous avons le Club Padam, des personnes qui soutiennent notre travail depuis longtemps par leur cotisation. C’est le plus gros pilier financier de l’aventure. Sur le reste de l’année l’ATP nous aide pour les concerts acoustiques consacrés principalement à la scène suisse romande. Au niveau de la communication nous avons heureusement la plateforme www.auxartsetc.ch qui fait un superbe travail. D’autres associations comme L’Alliance Française, FLAM ou les jeudis francophones font également circuler l’info.

Quel est le budget du festival ?
35'000 Francs

Que penses-tu de la surenchère des cachets que l'on voit dans certains festivals ?
Je ne suis pas vraiment au courant. Je pense que les tourneurs devraient adapter les cachets à la taille des lieux. Après c’est leur choix de se produire ou non sur les petites scènes.

Quelle est ta politique des cachets ?
Nous faisons le maximum possible, c’est tout simple. Nous nous efforçons de distribuer le budget des cachets de manière égale, afin que les groupes puissent vivre. Ainsi les artistes qui se produisent seuls sur scène «sponsorisent» les groupes. Sinon la tentation serait trop forte de préférer les petites formules et c’est finalement la musique qui en ferait les frais.

Tu es aussi très attaché à la qualité du son…
Nous faisons un festival de musique. On peut l'appeler comme on veut, mais de la musique tout d'abord… Donc oui, c'est le son qui me rentre dedans, qu'il y ai tout un orchestre ou juste un gars seul avec sa gratte… Et puis les voix... A la limite, je peux écouter un truc qui sonne avec des paroles légères, écouter Amy Winehouse et me passer un Ferré tardif ensuite… Par contre impossible d'écouter même du Prévert sur des sons qui m'emmerdent...

Durant l'année tu programmes des concerts son-pour-son, c'est-à-dire sans sono. C'est un besoin de proposer une chanson à l'état brut ?
C’est tout d’abord l’envie de faire des concerts différents, de manière plus spontanée. L’idée acoustique me plait beaucoup ; on a un peu perdu le feeling du son pur à force de tout faire passer par la sono. C’est un exercice pas toujours évident pour les artistes.

Le public du festival vient aussi aux concerts de la série son-pour-son ?

Les concerts acoustiques on du mal à prendre. Je me demande si les gens pensent que ce n’est pas un véritable concert. Y’a un truc qui cloche encore, nous n’arrivons pas a attirer autant de monde que je l’aurai souhaité. Dommage, ce sont de belles soirées intimistes. Je tiens au concept et ne baisse pas encore les bras.

Quels sont tes moyens de promotion ?
Internet ne remplace pas le papier. Je tiens au beau programme en accordéon. Le site est un complément pour le son et les vidéos. La newsletter sert à rappeler les gens à notre bon souvenir ou à communiquer des infos de dernière minute.

Facebook, outil ou piège ?
Outil. Pourquoi piège ? Parce que c’est nouveau ? Il faut apprendre à s’en servir. Pour l’instant ça n’apporte pas vraiment de plus. J’ai même investi 200 francs cette année pour tester l’outil publicitaire Facebook. J’ai abrégé l’expérience après une semaine.

Tu es également graphiste. Tu dis souvent que les documents que tu reçois des artistes sont de piètre qualité et ne donnent pas envie. Un exemple ?
Il a y parfois un manque de réflexion assez grave dans le matériel mis à disposition. Et je ne parle pas des pochettes de CD, un choix personnel de l’artiste. Mais souvent les pochettes de mauvais goût, ou disons qui manquent de caractère, me coupent carrément l’envie d’aller écouter…

Des conseils ?
Nous avons besoin d’un petit texte de présentation bien foutu, sans fautes si possible. Une bonne photo en haute résolution, mais une photo qui sonne bon sang ! Il faut voir les instruments, les musiciens, que ce soit en studio ou sur scène. Les portraits introvertis faits par un photographe qui veut faire de l’art ne nous servent à rien. Egalement appréciable, une petite vidéo sur YouTube. Pas besoin d’engager Godard, un ami peut tenir la caméra. Mais si on peut éviter le type qui tousse à gauche et la fille à droite qui tape super fort dans les mains c’est bien aussi ! Un site internet, même tout simple, mais mis un minimum à jour. Ce n'est pas demander la lune… Et please please please, chers artistes et manageurs, pas de dossiers de 40 pages avec l’intégrale des coupures de journaux… 2 pages bien roulées suffisent, un petit CD (que vous aurez eu la gentillesse d’enregistrer sur la banque de données de iTunes pour que je n’aie pas à passer 5 minutes à retaper les titres de vos belles chansons en mettant votre album sur mon mac !)… Et pas besoin de rajouter des autocollants, ni des paquets de flyers, ni des cartes postales, sauf si c’est pour me mettre un p’tit mot. Voilàààà !

Tu es régulièrement invité au Festival de Moncton en Acadie. Tu es ainsi entré dans le cercle des programmateurs prétendument importants et influents. Une forme de consécration pour ton travail ?
Oublions le «cercle des programmateurs prétendument importants et influents». Je suis un programmateur curieux. Je me déplace quand je peux et je vais aux concerts. L'Acadie a – et cela reste un combat de tous les jours – un bon système de soutien à la création. Que ce soit à Genève ou à Moncton, ce qui est important, c’est de pouvoir découvrir les artistes sur scène, faire un brin de causette ensuite. Une poignée de mains ou un regard peu être le début d’une belle rencontre, d’une histoire… Oui je suis très heureux quand on m’invite à un festival, j’aime faire des découvertes. Et dans la mesure du possible, je programme ensuite les artistes que j’ai appréciés. C’est le cas cette année par exemple pour Julie et moi, Lizzie, Chouf, Joseph Edgar et Lisa LeBlanc… On peut dire que l’argent investi pour me faire venir est bien utilisé ! Je n’appellerai donc pas ça une consécration. Disons que c’est un beau salaire, un beau cadeau que j’accepte avec grand plaisir.

Sandrine Charlot-Zinsli d'Aux arts etc a été décorée du titre de Chevalier des arts et des lettres par Frédéric Mitterrand…

C'est plus que mérité... La plateforme Auxartsetc est née en 2004 du besoin commun de quelques personnes et associations (Pa-dam... Pa-dam... entre autres) de pouvoir donner une visibilité à la francophonie à Zurich. Sandrine tient la barre depuis le début avec une toute petite équipe.
Avant chacun faisait ça petite cuisine dans son coin. Et ce ne fût pas facile de convaincre les acteurs culturels, comme on dit, du bien fondé de cette idée simple mais ambitieuse. La reconnaissance, ça ne se mange pas, mais ça aide quand même !

Le seras-tu un jour aussi ?
Ils pourraient commencer par nous donner la médaille des chiffres et des lettres, vu que nous passons principalement notre temps à faire des budgets et a chercher de l’argent ! Blague à part, je n’y ai pas réfléchi vraiment. Ça fait 20 ans que nous nous décarcassons pour la chanson. Ce serait un beau geste de reconnaissance bien sûr, une sorte de tampon «reconnu d’intérêt public».

Trois mots pour donner envie au public de venir aux concerts que tu organises…
Faut être curieux !

Si grâce à PadamPadam, la chanson francophone fait des percées en Suisse allemande, la chanson suisse allemande est fort peu présente en Romandie. On aurait pu penser qu'un Stephan Eicher aurait pu être une passerelle, mais ce n'est pas le cas. Est-ce que "Lido" de Michael von der Heide a plus de chance d'ouvrir des portes ?
Je n’ai pas encore écouté l’album… j’ai beaucoup apprécié son spectacle consacré à Imgard Knef il y a quelques années… Von der Heide fréquente un peu trop la variétoche à mon goût. La question est un peu bancale car la différence est importante : Eicher et von der Heide ont tous les deux des titres en français, c’est ce qui fait leur charme pour les auditeurs francophones. Sinon je ne pense pas qu’ils auraient passé le Röschtigraben. A part Kraftwerk je ne vois pas un groupe chantant en allemand qui ait pu pointer le bout d’un micro en France ou en Suisse Romande…

Grâce à Bel Hubert, la Romandie connaît un peu le répertoire de Mani Matter. Qui sont les chanteurs suisses allemands actuels qui sont dans la même mouvance que la chanson francophone et qui pourraient susciter de l'intérêt en Suisse romande ?

Les artistes suisses allemands sont très liés à Mani Matter. Tout le monde connaît Mani Matter. C’est très très populaire et c’est excellent. Lui qui était quand même pas mal influencé par Brassens, eh bien il lui arrive la même chose : il est totalement hors mode et ses chansons se conservent vachement bien… comme celles de Brassens. Sinon, des chanteurs Suisses allemands qui chantent en Schwizerdütsch en Suisse romande, franchement je ne vois pas.  A part la scène hiphop/rap qui fonctionne très différemment.

Ressent-on aussi l'invasion anglophone dans la chanson en Suisse allemande ou y a-t-il une identité forte qui prédomine ?

Moi il me semble que les jeunes artistes chantent beaucoup en dialecte… Les Suisses allemands on attendu très longtemps avant d’utiliser leur langue pour chanter… en tous les cas il y a une scène grouillante de jeunes groupes très sympas… rock, folk, reggae, hiphop, rap :  Phenomden, Kuttic MC, Greis, Stahlberger et des formations plus anciennes comme Stiller Haas… A cela s'ajoutent toutes les productions allemandes qui tournent bien ici aussi. Disons que les pays germanophones ont découvert un peu plus tard que les francophones qu’il était aussi tout à fait possible et agréable de chanter dans sa propre langue…
J’écoute beaucoup de musique anglophone. Je ne veux pas parler d’invasion, c’est un réflexe de peur et ce n’est pas mon truc… Par contre osons nous moquer à haute voix des slogans et appellations anglophones absolument tartes… je ne trouve pas d’autres mots !

La Francophonie est de plus en plus malmenée en Romandie et dans les pays francophones alors que tu lui donnes une belle visibilité à Zurich. Y a-t-il une recette qui devrait être appliquée en Romandie ?
Je n’ai jamais encore été forcé à parler anglais a un romand ! Je ne peux pas répondre…

Sous nos latitudes, on a tendance à réduire la Francophonie à quelques pays, France, Suisse, Belgique, Luxembourg et Québec, alors qu'il y a une forte présence sur le continent africain qu'on ignore sur nos scènes…
...sans oublier la Martinique, la Guadeloupe, Madagascar, l'Île Maurice, la Réunion... ça en fait des voyages. Et la Louisiane dont je parlais tout à l'heure… La musique Cajun, les sons de la Nouvelle Orléans... de quoi rêver !

On se souvient d'un magnifique concert du rappeur genevois Jonas avec le Taxi Brousse Orchestra. Une révélation pour beaucoup. As-tu déjà pensé à programmer des chanteurs du continent noir ?

Oui ce fût une soirée mémorable au Stok. De l'esprit, du ryhtme, de l'humour, de l'intelligence. Pour moi elle représente un peu l'essence de ce que je souhaite faire. Il y avait un peu de tout ce que j'aime sur scène ce soir-là. Je regrette beaucoup de n'être pas plus calé coté Afrique et les îles... Je souhaiterais beaucoup ouvrir encore plus le festival aux quatre coins de la francophonie et de ces cousins... mais ce sont d'autres canaux. Un beau travail à développer en tous les cas.

Quels sont tes projets artistiques pour 2012 ?

Nous travaillons sur un nouveau petit projet : un mini festival acadien à Zurich début juin. C'est une idée née à Moncton à la Francofête en discutant avec Denis Alber et Ricco Pierrard. L’idée est de profiter de la présence de ces artistes au Festival Pully-Québec. On aimerait faire ça dans un bar à musique, pas un théâtre. Moins de technique, moins de convenu… moins cosi, plus roots, retrouver cette ambiance un peu nord-américaine… Et puis j’aimerais aller faire un tour en Louisiane et ramener un ou deux groupes pour 2012 ou 2013, la prochaine escale… Ça ne fait pas très chansons française tout ça !
Je m'occupe également depuis six ans de la programmation d'un autre petit festival : Pâqu'son au Theater Ticino à Wädenswil. Là je peux me libérer du fil rouge francophone du Stok. En 2012 on devrait y croiser Norbert Pignol, un accordéoniste fantastique, ou la chanteuse polonaise Aldona en quartet, qui vient de sortir un premier album magnifique. Je m'intéresse à beaucoup de musiques différentes, plein de choses intéressantes sont sur les routes : l'Imperial Tiger Orchestra, le nouveau spectacle de Boulouris5, Jack ist Dead avec des musiciens iraniens... Une vie ne suffit pas, comme le chante Rinaldi.
Et pour le Stok 2012, quelques idées de programmation sont déjà sur la table, notamment le retour de Marcel Kanche avec l’excellent trio iOverdrive qui interprètera des chansons de Léo Ferré.

A quelques heures de l'ouverture du Festival Chansons en Stok 2011, quel état d'esprit ?
Je me demande pourquoi je me suis embarqué dans cette histoire de fou et je jure chaque année des milliards de rondjudju que c’est la dernière édition ! Tout en même temps je me réjouis à l’idée d’attendre les artistes devant le théâtre, de voir le public arriver dans la salle. Ça rend accro. J’aurais vraiment du mal à faire machine arrière et tout stopper.